Le projet s’appuie sur une source exceptionnelle : les cadastres du Cap-Français datant de 1776 (5 DPPC 49), 1787 (5 DPPC 49) et 1803 (5 DPPC 50). Faisant partie du Dépôt des Papiers Publics des Colonies (DPPC), les documents sont conservés aux Archives nationales d’Outre-Mer, situées à Aix-en-Provence, en France. Le fonds est créé en 1776 en métropole. A partir d’un édit royal de la même année, les intendances de toutes les colonies doivent envoyer un double des actes les plus importants (recensements, actes notariés, registres paroissiaux, etc.) à un dépôt en France organisé par le bureau des Archives de la Marine et des Colonies. Captant des détails cruciaux sur la valeur et la propriété des biens immobiliers, les cadastres ont dû être produits en plusieurs exemplaires, l’un expédié en France et les autres conservés par l’administration locale. Le fonds est par la suite complété par des achats et dons au cours du XIXe siècle, à l’instar du cadastre de 1776 acheté à une vente aux enchères en 1826.

Ayant chacun été produit dans un but distinct, les trois cadastres varient à la fois dans la forme, la taille et la quantité d’informations retranscrites. Certains n’indiquent que l’identité des propriétaires, d’autres en disent plus sur celle des locataires (race, sexe, état civil, profession) ou sur les autres résidents de la maison.

Image of Recensement des maisons de la ville du Cap-Français : rôle et recensement général des maisons et emplacements qui composent la ville du Cap-Français, 5 DPPC 49, ANOM. Courtesy of Archives nationales d’outre-mer.

Daté du 29 avril 1776, le premier cadastre est effectué par les écuyers conseillers du roi, Nicolas Marie Urbain Mesnard Ducoudrai et Philippe Debrucourt. Mandatés par le conseil supérieur du Cap, ils ont pour mission de lister les propriétaires immobiliers du Cap. L’objectif est d’assurer le prélèvement des droits de 2,5% sur le loyer annuel (réel ou théorique) de leur(s) maisons(s), comme décidé le 1er et 6 avril dernier par l’assemblée coloniale de Port-au-Prince, réunie sous l’ordre du roi afin de fixer la répartition de l’octroi. Si toutes les villes de Saint-Domingue sont concernées par l’imposition (exception faite de Port-au-Prince, Léogane, Petit-Goave et Jacmel), seul le registre portant sur le Cap-Français est conservé. La richesse des détails à propos des propriétaires, locataires et leur demeure est unique : nom de famille, statut marital, couleur de peau, métier (plus rarement), montant du loyer et matériau de construction de la maison.

Image of Cadastre des maisons de la ville du Cap contenant les noms à qui elles appartiennent, les rues où elles sont situées, les longueurs de façade qu’elles ont sur chaque rue du nord au sud et de l’est à l’ouest avec les numéros qu’elles doivent porter conformément à l’ordonnance du 30 décembre 1786, 5 DPPC 49, ANOM. Courtesy of Archives nationales d’outre-mer.

Le deuxième cadastre date du 11 novembre 1787. Le document est lui-même est une copie de l’original (ou d’une autre copie) datant d’après 1804. La création du cadastre fait suite à une ordonnance du 30 décembre 1786, qui instaure pour la première fois un système de numérotation des maisons du Cap-Français et oblige les habitants de la ville à apposer le numéro de leur résidence devant celle-ci. Le document de 39 pages qui en résulte contient les noms des propriétaires ainsi que l’emplacement et la taille de chaque résidence, mais sans plus d’informations. Selon toute vraisemblance, ce cadastre, ainsi que celui de 1776, a été acquis en 1826 lors de la vente de la bibliothèque de Monsieur Bleschamps, ancien commissaire de la marine. Les deux documents ont été ensuite été copiés et classés au Dépôt des Papiers Publics des Colonies en 1826.

Image from État nominatif des contribuables de la ville du Cap-Français tant pour la contribution de guerre que pour celle communale, Cote de communication : 5 DPPC 50. Courtesy of Archives nationales d’outre-mer.

Le dernier cadastre du Cap Français est réalisé en 1803, pendant la guerre d’indépendance d’Haïti. Le 29 juin 1802, l’impécunieux commandant en chef français, Charles-Victor-Emmanuel Leclerc, prélève un impôt sur les habitants de la ville pour financer la guerre contre l’Armée Indigène. Pour garantir le paiement de l’impôt, les représentants de Leclerc procèdent à un recensement minutieux de la ville et de ses environs immédiats, en consignant les chefs de famille, leur profession et leur classe, leur résidence, les particularités de la maison et leur charge fiscale. Le résultat de ce recensement est un cadastre de près de 300 pages contenant plus de 5 000 noms. Les contribuables sont devenus des sources cruciales pour le financement de la guerre de Napoléon à Saint Domingue. En effet, alors que les cadastres antérieurs ne nomment que le chef de ménage (propriétaire ou locataire), le rapport de 1803 liste toutes les personnes adultes logeant dans la maison (à l’exception du conjoint du chef de ménage).